723 articles – 3375 Notices  [english version]
HAL : halshs-00406479, version 1

Fiche détaillée  Récupérer au format
Bulletin de la Société Géologique France 164, 6 (1993) 783-793
Le puy de Gravenoire et ses coulées, dans l'agglomération de Clermont-Ferrand (Massif central français) : un modèle inhabituel d'avalanche de débris, déclenchée par une éruption strombolienne en climat périglaciaire
Alain De Goër De Herve1, Guy Camus, Didier Miaillier2, Serge Sanzelle2, Christophe Falguères3, Jean Fain2, Michèle Montret2, Thierry Pilleyre2
(1993)

- Le puy de Gravenoire est un cône de scories édifié au Pléistocène supérieur sur l'escarpement de ligne de faille occidental du rift de Limagne. Il domine de 400 m la ville de Clermont-Ferrand. Son éruption a déclenché, après le début de l'activité, une avalanche de débris de volume inférieur à 0,05 km3, étalée sur 5 x 0,7 km sur la région sud de l'agglomération. La poursuite de l'activité a reconstruit le cône de scories et émis un ensemble de coulées qui recouvrent le dépôt d'avalanche. La lave montre une composition homogène de trachybasalte potassique, subaphyrique. A 4 km de son origine, le dépôt d'avalanche est fait de panneaux dont la nature est encore reconnaissable (block faciès), présentant un début de fragmentation et de déformation plastique. Ils ont été empruntés pour partie au substratum du volcan (socle granitique, basalte porphyrique ancien, sédiments bordiers du graben), et pour partie au volcan lui-même (produits phréatomagmatiques initiaux, projections scoriacées, basalte massif). Les paquets de basalte massif, identiques à celui de la coulée qui recouvre le dépôt, étaient encore assez chauds pour engendrer un métamorphisme thermique dans les arènes et les argiles graveleuses qui les emballent. Des figures de brassage et d'injections réciproques entre lave et sédiments montrent que l'avalanche et la coulée étaient simultanément mobiles. Ceci atteste le synchronisme de l'avalanche de débris et de l'éruption. La cicatrice d'arrachement d'une partie du cône est décelable dans une carrière qui exploitait ses scories. Une dizaine de datations ont été effectuées par les méthodes TL et RPE sur les coulées de Gravenoire. En dépit d'une certaine dispersion des résutats, elles permettent d'estimer autour de 60 000 ans l'âge de l'éruption. A cette époque (Pléniglaciaire wurmien ancien) la région était soumise à un climat périglaciaire, et l'escarpement pouvait être garni de matériaux meubles figés par un pergélisol. La fusion brutale du pergélisol par la chaleur du magma, sur un versant ébranlé par les explosions initiales, a pu provoquer la débâcle. L'avalanche de débris du puy de Gravenoire a recouvert un territoire sur lequel vivent actuellement 30 000 habitants. Cet exemple doit attirer l'attention sur un type d'aléa jusqu'alors non pris en compte, susceptible d'affecter toute zone habitée en environnement périglaciaire, même pour un volcan de volume modeste, lors d'une manifestation éruptive habituellement peu dangereuse. L'Amérique du Sud nous semble particulièrement concernée.
1 :  GEOLAB - Laboratoire de Géographie physique et environnementale
2 :  LPC - Laboratoire de Physique Corpusculaire [Clermont-Ferrand]
3 :  I.P.H - Institut de Paléontologie Humaine
Sciences de l'Homme et Société/Archéologie et Préhistoire

Planète et Univers/Sciences de la Terre/Géomorphologie
Chaîne des Puys – Limagne – Massif central français – Avalanche de débris – Eruption strombolienne – Trachybasalte – Datation TL – Pergélisol – Aléa volcanique.
Liste des fichiers attachés à ce document : 
PDF
Gravenoire.pdf(8.3 MB)